« Etats de conscience, sophrologie et yoga », les états de conscience modifiés volontairement

Extrait du livre Etats de conscience, sophrologie et yoga, de Pierre ETEVENON & Bernard SAUTERRE (2006) :

TRANSPERSONNEL et NEUROSCIENCES

Le transpersonnel et les nouveaux courants de pensée en neurosciences.

Ou lorsque l’étude scientifique des méditations remet en cause le « Réel » 

par Pierre Etévenon, docteur ès sciences

Directeur de recherches honoraire INSERM

J’ai enregistré en EEG en méditations en 1972,  Maître Taisen Deshimaru en za-zen et Lilian Silburn, directeur de recherches au CNRS en méditation selon le Shivaïsme du Cachemire dont elle était spécialiste. Le livre de Marc-Alain Descamps (1) fait écho à un article « Un scientifique épris de yoga » (2) dans lequel je décris mon propre chemin de vie et aux premiers articles sur le yoga écrits en 1974 (3,4). Cette  étude comparée a mis en lumière nos intérêts communs pour le yoga (Kerneïz et Ferrer puis Roger Clerc et le hatha-yoga) et aussi pour la méditation. Il fut l’élève, entre autres maîtres, de Lilian Silburn et il en parle dans un livre récent (5). En ce qui me concerne, j’ai participé aux réunions du Centre d’Études Sri Aurobindo, à Paris, depuis 1964 puis suis allé à  l’ashram de Sri Aurobindo à Pondichéry ou j’ai rencontré la Mère. Après huit ans à l’Institut Catholique de Paris, en faculté des sciences, devenu professeur de physique, puis ingénieur-chimiste ESCOM, avant une carrière de chercheur en neurosciences, j’ai  été passionné par Sri Aurobindo  (6 à 10, 11) et Héraclite après Teilhard de Chardin,  et par une possible remise en cause du réel quotidien.

La question de Socrate « Qui suis-je » n’a cessé de m’habiter et fait écho à « Je suis Cela » (Tat svam asi, So ham, Iti Iti,  en sanscrit) et « Je ne suis pas ceci » (Neti Neti) en Inde. C’est la question de la recherche intérieure, chère aux mystiques, aux aspirants en recherche de spiritualité, de transformation de la personne, de transpersonnel, de surconscient dirait Marc-Alain Descamps tandis que Sri Aurobindo parle de supraconscient. Les pratiques de méditations que nous allons tenter de résumer, peuvent rechercher l’immersion dans un divin transcendant (BrahmanTatPurusha), immanent (Sat-Chit-Ananda) et aussi individuel (être spirituel  jivatman et être psychique antaryamin (6,7,11), ou bien ne pas se poser la question du divin comme dans le bouddhisme et le zen (12 à 14). Cette question m’a guidée en filigrane pour écrire successivement trois premiers livres (15 à 17) avant le dernier, tout récent dont la première partie traite des états de conscience et en particulier des méditations qui sont maintenant étudiées en neurosciences et tout spécialement en imagerie cérébrale (18) à laquelle j’ai consacré les derniers 20 ans de ma carrière de chercheur.

Les pratiques de méditations que nous allons tenter de résumer, peuvent rechercher l’immersion dans un divin transcendant (BrahmanTatPurusha), immanent (Sat-Chit-Ananda) et aussi individuel (être spirituel jivatman et être psychique antaryamin (6,7,11), ou bien ne pas se poser la question du divin comme dans le bouddhisme et le zen (12 à 14). Cette question m’a guidée en filigrane pour écrire successivement trois premiers livres (15 à 17) avant le dernier, tout récent dont la première partie traite des états de conscience et en particulier des méditations qui sont maintenant étudiées en neurosciences et tout spécialement en imagerie cérébrale (18) à laquelle j’ai consacré les derniers 20 ans de ma carrière de chercheur.

1 Méditations et transpersonnel

Le transpersonnel est le dépassement de la notion de personne. Cette personne est notre ego, notre « je », notre moi de surface, que nous formons, développons, mettons en avant au quotidien par l’éducation, la famille, l’école et l’université, le travail, et le « développement personnel », tant du corps, des passions et des émotions, que de nos idées, de nos conduites et comportements, de notre tempérament et personnalité. Méditer, ce peut-être aller à la recherche de notre être intérieur, de  notre  étincelle divine autour de laquelle va croître notre « être psychique » (11), de notre « Soi » ou être spirituel,, de notre « âme » pour les religions du livre.  Ce peut-être encore  la recherche du non-être, de la non-voie, hors de la dualité de l’existence, du Brahman dans l’Advaita Vedanta (19), de Shiva dans le Shivaïsme du Cachemire selon Lilian Silburn qui en a traduit les textes et ses disciples (20, 21), dans une voie de montée et de libération qui peut révéler l’énergie mystérieuse de la Kundalini (22, 23).

Ce peut-être la recherche de libération et de découverte suprême du Purusha dans le Sâmkhya (24). Ce peut-être une voie de descente (6 à 8)  ou il est fait appel à la grâce pour révéler l’être intérieur et transformer la personne. Ces méditations existent en Asie depuis des millénaires et en Inde en particulier mais les voies différentes sont nombreuses. Qu’il s’agisse des différentes pratiques du yoga, du tantrisme, du shivaïsme, du bouddhisme et du zen, du soufisme, ou des méditations religieuses chrétiennes (25, 26).

Les types de méditations pratiquées sont plus ou moins difficiles et longues pour en recueillir pleinement les effets (27,28). Ce peut être des méditations avec objet, comme des concentrations exclusives sur des objets sonores tels des syllabes sacrées (Aum), des mantras ou des récitations de prières, des objets visuels (mandalas et yantras) ou des visualisations intérieures fixées ou non (yoga nidra), des gestes rituels (mudras) ou des postures (asanas, assise en silence du zazen), des concentrations particulières sur la respiration (pranayama) avec perception fine du souffle au bord des narines (zazen)… Ce peut-être encore des méditations sans objet  ou le sujet méditant s’efface et disparaît dans de mystérieux vides qui le happent de plus en plus et cette descente en abîmes le conduit jusqu’à une réalité ultime pleine de présence, de joie et d’amour ou il se fond avec ravissement. Il y a alors bouleversement du « réel » habituel et quotidien et changement, progressif, ou brutal parfois, de la personne, de l’espace et du temps. Et il n’est plus possible de parler alors d’états mystiques « sauvages » comme dans la transe, le chamanisme, et encore moins d’états d’intoxications sous drogues, qu’elles soient hallucinogènes ou délirogènes, car ces pratiques de méditation sont volontaires, doivent être répétées, observées, surveillées, contrôlées et maîtrisées, avant que les résultats espérés et progressivement acquis ne fassent oublier les pratiques assidues.

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