Histoire de l’Âyurveda

 Ecrit par Sylvie et Guy Mazars :

La coexistence de la médecine de type occidental et des médecines dites « traditionnelles » est une caractéristique de tous les systèmes de santé extra-européens. En Inde, loin d’avoir disparu devant les succès de la médecine moderne introduite par les Européens, ces médecines sont encore largement pratiquées et offrent des avantages qui répondent aux préoccupations de l’Organisation Mondiale de la Santé. Il en existe des formes savantes, héritières d’anciens systèmes médicaux, basées sur des traditions écrites, et des formes populaires transmises oralement. La plus répandue de ces médecines, la plus célèbre aussi, est celle qui se réclame de l’Âyurveda, le « Savoir (veda) sur la longévité (âyur) », un système médical antique dont les principales théories étaient déjà fixées il y a plus de deux millénaires.I – Des origines à la naissance de l’Âyurveda

Les plus anciennes données sur les connaissances et les pratiques médicales en Inde nous sont fournies par les restes matériels de la Civilisation dite « de l’Indus » (2500-1500 environ avant J.-C.). Les vestiges de Mohenjo-Daro sur le bas Indus et de Harrapâ, plus au nord, attestent l’existence en Inde d’une civilisation d’un si haut niveau, dès le troisième millénaire avant notre ère, qu’il est permis de penser que la médecine pouvait déjà y être assez avancée. On sait que ces cités entretenaient des relations commerciales avec la Mésopotamie. Ces relations commerciales ont peut-être favorisé l’échange, sinon de concepts scientifiques ou de théories, au moins de connaissances pratiques et de recettes médicales, entre les deux civilisations. Or, dès cette époque, il y avait déjà en Mésopotamie des médecins qui possédaient une connaissance non négligeable des vertus curatives de nombreuses plantes et remèdes d’origines minérale et animale.

Certaines substances découvertes dans les ruines de Mohenjo-daro ou Harappâ peuvent avoir servi de remèdes. Les fouilles ont surtout mis en évidence des installations de balnéation publiques et privées, reliées par des tuyaux en terre cuite à un système d’égouts collecteurs épousant le tracé des rues. Ces dispositions remarquables, sans équivalent dans l’Antiquité, traduisent un souci d’hygiène qui, sans être nécessairement fondé sur des conceptions de prophylaxie et de thérapeutique, constituait une réponse à l’insalubrité de la vallée de l’Indus.

Mais c’est surtout à travers les livres sacrés de la religion védique que l’on peut se faire une opinion sur l’art médical en Inde jusqu’à l’avènement du bouddhisme. Au cours de la période védique seront élaborées des notions qui serviront de base à une médecine savante qui a eu un immense succès dans tout le Monde indien et même au-delà. Elles se rapportent notamment au rôle cosmique et somatique des eaux, du feu et du vent, et apparaissent dans la couche la plus ancienne de la littérature védique, celle des Samhitâ ou « collections » d’hymnes, de chants liturgiques et de formules sacrificielles ou magiques, qui constituent le Veda proprement dit (1500-1000 av. J.-C.).

A défaut d’exposé descriptif, les informations qu’on peut tirer du Veda permettent de se faire une idée des rudiments qu’on pouvait alors posséder sur l’anatomie, la physiologie, les maladies et la thérapeutique. Par exemple, pour les auteurs védiques toute la physiologie repose sur la circulation de « souffles » organiques. L’examen des principaux textes védiques qui contiennent les noms de ces souffles montre que, dès l’époque de leur rédaction, la physiologie pneumatique, qui a dominé plus tard la médecine indienne et le yoga, était déjà en formation. On ignorait cependant les causes véritables des diverses maladies. Leurs origines, lorsqu’elles se trouvent rapportées, sont plutôt d’ordre magique que d’ordre pathogénique. En effet, la plupart des affections nommées sont généralement considérées comme la conséquence d’une infraction à l’ordre du Monde tant cosmique que moral, et présentées comme l’oeuvre de divinités offensées ou d’entités malfaisantes, démons et sorciers. La thérapeutique védique est surtout magique. Elle part du principe que la toute-puissance divine peut suspendre le mécanisme automatique de la rétribution des fautes commises. Elle consiste principalement en formules qu’on devait réciter pour implorer le pardon des dieux, expulser les démons ou briser les enchantements des sorciers. Leur récitation s’accompagnait d’opérations magiques ayant pour objet de renforcer l’efficacité des charmes curatifs.

On n’était cependant pas sans avoir remarqué les effets de certaines plantes sur l’organisme, et leur usage à des fins thérapeutiques est attesté dès l’époque védique, ainsi qu’en témoigne un hymne bien connu de l’Atharvaveda qui leur est consacré. Mais la plupart d’entre elles ont dû plus souvent jouer le rôle d’ingrédients magiques que celui de drogues véritables.

C’est seulement vers la fin de la période védique que la médecine indienne a commencé à devenir observatrice et rationnelle pour se constituer progressivement en un système cohérent auquel a été donné le nom d’Âyurveda, le « Savoir (veda) sur la longévité (âyur) ». Ce Savoir est théoriquement divisé en huit branches:

1. chirurgie générale,
2. oto-rhino-laryngologie et ophtalmologie,
3. thérapeutique générale,
4. toxicologie,
5. démonologie,
6. obstétrique et pédiatrie,
7. médecine tonifiante,
8. médecine des aphrodisiaques.

En fait, bien peu de traités anciens suivent cette division qui a surtout été en vogue chez des auteurs plus récents. Quant à leur matière, elle représente en réalité le fruit de l’activité d’observation et de spéculation médicales au cours des sept ou huit siècles qui ont précédé l’ère chrétienne.

II – L’Epoque des grands corpus médicaux

La doctrine classique de l’Âyurveda se présente toute formée dans deux volumineux traités du début de l’ère chrétienne, la Carakasamhitâ (Collection de Caraka) et la Sushrutasamhitâ (Collection de Sushruta), qui sont les plus anciens textes médicaux sanskrits parvenus jusqu’à nous. Bien que ces deux oeuvres concordent remarquablement dans leurs enseignements généraux, elles sont trop différentes pour supposer que l’une est l’imitation de l’autre. Mais elles reposent manifestement sur un même fonds doctrinal plus ancien.

La Carakasamhitâ passe pour contenir l’enseignement du sage âtreya Punarvasu, recueilli par l’un de ses disciples, Agnivesha, et remanié par Caraka. âtreya et Agnivesha appartiennent à la légende, mais Caraka a des chances d’avoir été un personnage historique. Le texte qui nous est parvenu comprend des parties plus récentes ajoutées lors de sa révision, au IXe siècle, par un auteur du Cachemire. Mais l’essentiel du contenu est beaucoup plus ancien puisque Caraka lui-même n’a fait que reconstruire un ouvrage déjà existant cité sous le nom d’Agniveshatantra, le « livre d’Agnivesha ».

De même, la Sushrutasamhitâ, qui constitue la principale source d’information sur la chirurgie indienne, n’est pas l’oeuvre personnelle de Sushruta qui n’a fait lui aussi que recueillir une tradition médicale déjà constituée. La date de sa rédaction n’est pas connue. Le texte primitif aurait été remanié et augmenté par un auteur appelé Nâgârjuna que la tradition a identifié au philosophe bouddhiste du même nom (Ier-IIe siècles après J.-C.).

Composés sans plan didactique préétabli et reflétant surtout des enseignements oraux donnés au jour le jour, ces deux traités ont fait l’objet, dès avant le Xe siècle, de commentaires très élaborés destinés à en clarifier et en préciser la teneur.

Parmi les autres traités qui ont vu le jour au cours de la période classique, les principaux sont la Bhelasamhitâ, l’Ashtângasamgraha et l’Ashtângahrdayasamhitâ. La Bhelasamhitâ, qui dérive de l’enseignement d’Âtreya, comme la Carakasamhitâ, constitue une collection bien distincte et de date probablement plus ancienne que la Carakasamhitâ. L’Ashtângasamgraha et l’Ashtângahrdayasamhitâ sont de Vâgbhata, l’auteur le plus célèbre après Caraka et Sushruta. Il s’agit sans doute de deux recensions différentes d’un même traité médical dont les enseignements concordent généralement avec ceux de Caraka et de Sushruta. Mais c’est l’Ashtângahrdayasamhitâ qui est demeuré l’ouvrage le plus usité de cet auteur. On ignore à quelle époque vécut Vâgbhata. Il semble qu’on doive le placer au VIIe siècle ou un peu après. Il est en tout cas antérieur au Xe siècle. Le pélerin chinois Yi Jing, qui visita l’Inde de 673 à 695, parle, sans le nommer, d’un ouvrage alors récent résumant les huit branches de la médecine. On a pensé qu’il visait l’oeuvre de Vâgbhata, mais il peut aussi s’agir du Yogashataka, « La centurie des formules », auquel la description de Yi Jing convient parfaitement. Cet abrégé de la médecine consiste, comme son nom l’indique, en une suite de cent formules thérapeutiques distribuées suivant les huit divisions théoriques de l’Âyurveda.

III – Autres traités médicaux

A côté des grands traités classiques et de leurs commentaires existe une littérature médicale foisonnante comprenant d’autres traités généraux, des manuels spécialisés et des répertoires de matière médicale. Mâdhavakara, un auteur du VIIIe siècle, a laissé un Rogavinishcaya, « Diagnostic des maux », plus connu sous le titre de Mâdhavanidâna, « Etiologie selon Mâdhava », où il traite spécialement des causes et des symptômes des différentes maladies, en reprenant de façon systématique les données de Caraka, Sushruta et Vâgbhata. C’est probablement aux alentours de l’an 1000 que Vrnda a composé son Siddhayoga, « Préparations parfaites » qui suit pas à pas, en le complétant par une foule de données relatives à la thérapeutique, le traité de Mâdhavakara. Un recueil de thérapeutique du même genre a été composé par Vangasena (vraisemblablement entre 1050 et 1100).

IV – L’évolution de l’Âyurveda

Une fois fixées, les doctrines ayurvédiques d’interprétation de la constitution du corps, des fonctions vitales et des maladies n’ont guère varié au cours des siècles suivants. En revanche, de nombreuses acquisitions ont eu lieu dans le domaine des méthodes de diagnostic et surtout dans celui de la thérapeutique.

Une des principales innovations est l’examen du pouls (nâdîparîkshâ) qui ne semble pas connue avant le VIIIe siècle. Les traités de Caraka, Sushruta et Vâgbhata n’en parlent pas. La méthode n’est véritablement décrite qu’à partir de la Shârngadharasamhitâ (XIIIe ou XIVe siècle) et un certain nombre de petits traités mal datés mais manifestement modernes lui ont été entièrement consacrés. On a pensé que l’idée avait pu en être empruntée à la Chine mais la méthode indienne est différente.

On note aussi des divergences entre la nosologie exposée dans la Shârngadharasamhitâ et le système nosologique du Mâdhavanidâna. De nouveaux noms de maladies sont mentionnés dans les textes. La syphilis est décrite pour la première fois, sous le nom de phirangaroga, dans le Bhâvaprakâsha de Bhâvamishra (XVIe siècle).

Après l’époque des grands traités, des drogues nouvelles, comme l’opium, ont été introduites dans la pharmacopée, tandis que des plantes déjà connues ont été promues au rang de panacées. C’est notamment le cas de la harîtakî, Terminalia Chebula Retz, que Caraka range parmi les plantes contre les hémorroïdes et les maladies de peau. Des substances étrangères ont fait leur apparition dans les prescriptions alimentaires, tel le piment, originaire d’Amérique et introduit par les Portugais. On note par ailleurs l’apparition d’un plus grand nombre de préparations minérales dont l’introduction dans la thérapeutique coïncide avec le développement de l’alchimie au cours de la période médiévale.

V – La diffusion de l’Âyurveda

L’Âyurveda a eu une aire d’expansion très vaste. Bien avant l’expédition d’Alexandre le Grand, les communications entre la Grèce et l’Inde étaient aisées à travers l’Empire perse achéménide. On pouvait passer de l’Inde en Grèce non seulement en atteignant l’Ionie par le Sud ou le Centre de l’Asie Mineure, mais aussi par le Pont-Euxin et la Thrace. Les intermédiaires, Grecs, au service des Achéménides qui régnaient à la fois sur des terres grecques et indiennes, et Indiens même, n’ont pas manqué pour assurer des échanges scientifiques entre l’Inde et la Grèce, parallèlement aux relations commerciales. On sait par ailleurs que des médecins égyptiens, grecs et indiens rivalisaient à la cour de Suse. Dioscoride et Pline ont décrit un certain nombre de drogues indiennes.

C’est sans doute à la notoriété qu’elle avait acquise en Perse avant l’islamisation que la médecine indienne doit d’avoir été activement étudiée au début de la formation de la médecine arabe. En effet, une version persane de la Carakasamhitâ a été traduite en arabe dès l’époque des premiers califes ‘abbâsides (VIIIe siècle). Sous le règne du fameux calife Hârûn ar-Rashîd (786-809), on traduisit entre autres traités celui de Sushruta. Hârûn ar-Rashîd lui-même aurait reçu les soins d’un médecin indien. Des traductions du Mâdhavanidâna et de l’Ashtângahrdayasamhitâ sont citées dans des textes arabes. Un résumé très complet des doctrines âyurvédiques nous est fourni dans le Firdaws al-Hikmat composé en 850 par ‘Alî ibn Rabban at-Tabarî. Au Xe siècle, le pharmacologue Abû Manshûr Muwaffaq ibn ‘Alî al-Harawî a utilisé, à côté des sources grecques, un certain nombre de matériaux d’origine indienne, pour composer son traité sur les propriétés des drogues. Abû Bakr Muhammad ar-Râzî, plus connu sous le nom de Rhazès, connaissait aussi la médecine indienne.

Mais c’est surtout dans les contrées où la culture indienne a été introduite avec le bouddhisme que l’Âyurveda a obtenu le plus de succès. En effet, le bouddhisme a toujours attaché une grande importance à la santé physique et l’existence d’hôpitaux et de dispensaires bouddhiques a joué un grand rôle dans la propagation des théories médicales et de la thérapeutique indiennes. La littérature bouddhique, en particulier le Canon pâli, contient de nombreuses allusions à la science médicale. On a même soutenu l’hypothèse d’une médecine bouddhique qui aurait rénové l’Âyurveda. Il est vrai que certains textes médicaux attribués à des auteurs bouddhistes, ou soi-disant tels, sont en progrès sur les traités classiques de Caraka et Sushruta, mais c’est simplement parce qu’ils sont plus récents et moins inféodés à la tradition.

Avec le bouddhisme l’Âyurveda a d’abord pénétré en Asie centrale. Des fouilles qui y ont été entreprises, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, ont livré plusieurs ouvrages médicaux. C’est ainsi qu’on a retrouvé, dans la région de Koutcha, des fragments du Yogashataka et au Turkestan un fragment de la Bhelasamhitâ datant probablement du IXe siècle.

D’Asie centrale, la réputation des drogues indiennes a gagné la Chine, dès la seconde moitié du premier siècle. Un recueil de prescriptions de Sun Simiao (581-682) cite des plantes médicinales de provenance indienne. Au Japon, plusieurs plantes médicinales indiennes ont été conservées dans le trésor du Shoso-In qui fut dédié au Grand Bouddha de Nara, après la mort de l’Empereur, vers 748.

L’Âyurveda indien a fait fortune au Tibet où, dès le VIIIe siècle, de nombreux traités de médecine âyurvédique ont été traduits du sanskrit en tibétain, notamment l’Ashtângahrdayasamhitâ de Vâgbhata et le Yogashataka de Nâgârjuna. Plusieurs recueils de matière médicale et des textes alchimiques ont été également traduits en tibétain et incorporés à l’immense encyclopédie bouddhique du bsTan-‘gyur (prononcer Tandjour). L’Âyurveda a fourni à la médecine tibéto-mongole l’essentiel de ses bases théoriques classiques et une grande partie de sa pratique.

C’est également à la suite du bouddhisme que l’Âyurveda a pénétré à Ceylan, au début de l’ère chrétienne. Les Birmans ont eux aussi adopté la médecine indienne dont les méthodes au Siam ont concurrencé l’acupuncture chinoise. Au Cambodge ont été retrouvées des stèles de fondation d’hôpitaux qui témoignent du développement de l’assistance médicale sous le règne du roi bouddhiste Jayavarman VII (1181-1218). Aujourd’hui, les médecines traditionnelles d’Asie du Sud-Est restent profondément marquées par ces influences.

VI – Médecine occidentale et Âyurveda

Jusqu’à la fin du XVe siècle, il n’y avait eu que des contacts intermittents entre l’Inde et l’Europe. Mais en atteignant le port de Calicut, en 1498, Vasco de Gama donne aux Portugais la possibilité de créer un empire. Les Portugais ne sont que des précurseurs. Ils sont relayés au XVIIe siècle par les Hollandais, les Anglais, les Danois et les Français. Toutefois, ce sont les Anglais qui vont déployer l’activité la plus importante, après la création de l’East India Company (1600). Cependant, au XVIIIe siècle, après l’éviction des Français (1740-1763) et la défaite du Mysore (1799), dernière grande puissance indépendante du Deccan, les Anglais étendent rapidement leur domination au reste de l’Inde.

Un des premiers médecins européens en Inde est le Portugais Garcia da Orta. Arrivé à Goa en 1534, il restera en Inde jusqu’à sa mort en 1570. Au siècle suivant, un Français, François Bernier (1620-1688), docteur en médecine de la Faculté de Montpellier, exerce à la cour d’Aurangzeb. Dès 1674, un chirurgien français est présent à San-Thomé. Mais ce sont les Anglais qui vont développer l’action sanitaire et favoriser la diffusion de la médecine moderne en Inde, en luttant contre les épidémies et en créant les premiers hôpitaux et les premiers établissements d’enseignement médical. A côté des médecins et des chirurgiens de l’East India Company apparaissent, dès 1784, des officiers de santé de l’armée britannique. Le nombre des médecins ne suffisant pas à leur tâche, les autorités font appel, très tôt, au concours d’auxiliaires indigènes, souvent recrutés parmi les médecins traditionnels locaux, les « native doctors ».

En Inde, comme dans beaucoup d’autre pays d’Asie, la médecine traditionnelle a continué à conserver un crédit important, surtout parmi les populations auxquelles la médecine moderne n’est pas accessible. D’autre part, beaucoup d’Indiens sont restés convaincus de la supériorité de la médecine âyurvédique sur la médecine occidentale, en face de laquelle la science traditionnelle a d’ailleurs longtemps affiché l’attitude de réserve et même d’ignorance systématique qu’elle avait adoptée, quelques siècles auparavant, face à la médecine gréco-arabe introduite par les musulmans.

VII – La renaissance de l’Âyurveda

La renaissance de l’Âyurveda a été favorisée, dès le XIXe siècle, par un certain nombre d’initiatives privées qui ont abouti à la création d’institutions et d’associations, souvent patronnées par les autorités locales.

Le All India Ayurvedic Congress est fondé en 1907. A Calcutta, en 1916, est créé un premier collège d’Âyurveda avec un hôpital, établissement qui deviendra un collège d’état. Dans la même ville est fondée, en 1921, une « Société d’Enseignement des Traités Médicaux « .

Une école de médecine traditionnelle, le Govinda Sundarâ Âyurveda Vidyâlaya, est fondée en 1922 par un médecin traditionaliste, Kavirâja Ramchandra Mallick, avec l’appui du Mahârâja de Cossimbazar. Une dizaine d’années plus tard, Kavirâja Gaganath Sen (1877-1945) fonde le Vishvanâtha Âyurveda Mahâvidyâlaya, dans le but de restaurer l’Âyurveda sur des bases scientifiques en introduisant l’étude de la médecine moderne dans son programme d’enseignement. Mais ce type d’initiative suscita les critiques des partisans d’un « Âyurveda pur » (shuddha-Âyurveda) hostiles à l’introduction de disciplines modernes dans les programmes de formation.

On voit aussi apparaître les premières institutions officielles. En 1924-1925, le gouvernement de Madras fonde la Government School of Indian Medicine. Peu de temps après, des expériences similaires sont réalisées dans d’autres provinces: création du Bihar Government Âyurveda Vidyâlaya à Jagganathpur, du Muzaffarpur Government Âyurveda Vidyâlaya, d’un collège d’Âyurveda et de médecine yûnânî à Delhi, etc.

A divers intervalles, entre 1921 et 1958, des commissions ont été réunies pour faire le point sur la situation de la médecine traditionnelle et réfléchir aux conditions de son renouveau. C’est sur la base de leurs recommandations que l’enseignement et la pratique de l’Âyurveda ont été organisés. Il existe actuellement en Inde un grand nombre d’écoles de médecine traditionnelle avec hôpitaux d’application et centres de soins. L’enseignement a été modernisé. A côté des classiques médicaux sanskrits, on étudie maintenant l’anatomie et la physiologie modernes. Dans les centres de soins et les hôpitaux âyurvédiques, l’établissement du diagnostic se fonde le plus souvent sur les caractéristiques cliniques données par les traités de Caraka, Sushruta, Vâgbhata et Mâdhava, mais on a aussi recours de nos jours à des analyses médicales courantes.

extrait de : http://ayurveda.france.free.fr/ayurveda/ayurveda.htm
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