L’habitat groupé autogéré en France et en Allemagne

Auteurs : Anne Labit et Karine Chaland

L’habitat groupé autogéré en France et en Allemagne : perspectives d’avenir dans le contexte du vieillissement démographique

Résumé

Parmi les différentes formes d’habitat intermédiaire, entre hébergement en établissement et maintien à domicile, l’habitat groupé autogéré des personnes âgées est encore peu développé en France. Il s’avère qu’il est beaucoup plus répandu dans divers pays d’Europe du Nord, où il apparaît comme une bonne solution, aussi bien en termes économiques (réduction des dépenses publiques liées au vieillissement) que sociaux (qualité du vieillir qui privilégie l’autonomie de la personne et la solidarité collective). L’article s’interroge, au travers d’une étude de terrain menée en France et en Allemagne, sur ce qu’est concrètement l’habitat groupé autogéré des personnes âgées et sur les raisons susceptibles d’expliquer le succès différent qu’il connaît dans ces deux pays.

Mots-clés : vieillissement de la population, habitat groupé autogéré, autonomie personnelle, solidarité collective, comparaison France-Allemagne

Pagination de l’édition papier (p. 131-142) :

  1. 1  À l’heure du vieillissement de la population européenne, la nécessité de développer d’autres formes d’habitat (entre l’hébergement en institution et le maintien à domicile) est inscrite à l’agenda des politiques publiques. Une telle entrée en matière, incontournable dès lors que l’on traite des rapports entre vieillissement et habitat, mérite cependant quelques précisions. La transition démographique – ou le passage d’un régime démographique marqué par une fécondité et une mortalité hautes, à un régime marqué par une fécondité et une mortalité basses – est entamée depuis longtemps dans les pays du Nord et elle n’épargnera pas les pays du Sud, où elle se déroulera beaucoup plus rapidement [Pison, 2009]. Le vieillissement de la population qui en résulte, n’est donc pas un phénomène uniquement européen et prend des rythmes et des proportions divers d’un pays à l’autre. Le vieillissement démographique ne saurait être non plus un phénomène uniquement comptable. Ses aspects qualitatifs doivent aussi être pris en compte : plus « jeunes », en meilleure santé, mieux dotés en capital économique, mais surtout social ou culturel, les retraités d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier [Guillemard, 2002]. Au-delà de l’émergence du 4ème âge et du phénomène de la dépendance, c’est celle du 3ème âge et de la question de son bien-être, qui marque l’époque actuelle [Reguer, 2008]. Enfin, l’ancienneté du processus de vieillissement de la population française, dans les espaces ruraux en particulier, a déjà conduit à de sérieuses révisions des politiques publiques, dans le domaine de l’habitat en particulier. Le champ de l’habitat intermédiaire, entre maison de retraite et maintien à domicile, voit les formules alternatives se développer depuis longtemps : logements-foyers, petites unités de vie, résidences services, accueils temporaires, etc. Selon Argoud (2008) nous serions aujourd’hui face à une deuxième génération de projets, plus diffuse, moins structurée, et dans laquelle les acteurs traditionnels du champ gérontologique (établissements, associations, CCAS) seraient en retrait par rapport aux nouveaux acteurs du champ de l’habitat (offices HLM, sociétés immobilières, communes).

  2. 2  Pour autant, si le vieillissement démographique n’est pas nouveau, le contexte de restriction des ressources budgétaires publiques vient en accélérer la pression. Et si le champ de l’habitat intermédiaire se développe et se diversifie, il reste structuré par les deux pôles classiques de l’hébergement collectif et du maintien à domicile. C’est bien par rapport à ces deux pôles – qui en recouvrent d’autres : habitat collectif versus habitat individuel ; logique de protection versus logique d’autonomisation ; « dépendants » versus « seniors » – que toute nouvelle formule doit se positionner. C’est à la conciliation de ces contraires que prétend s’essayer l’habitat groupé autogéré. Cette formule est quantitativement la plus marginale, au sein des expériences récentes en matière d’habitat intermédiaire que répertorie Argoud (op. cit.) : habitat adapté, habitat-services, habitat intergénérationnel, habitat familial partagé (tandis que les formules mixtes sont évidemment possibles). Mais l’habitat autogéré possède une signification particulière, dans la mesure où il est la seule formule qui voit les personnes âgées elles-mêmes prendre leur vie en mains. La multiplicité des projets qui émergent et la force avec laquelle ils sont portés par leurs initiateurs et initiatrices, nous interroge. Un détour par d’autres pays – Belgique [Charlot et Guffens, 2008], Suisse [Taramarcaz, 2008], Allemagne [Mensch et Novy-Huy, 2008] – où ces projets sont déjà nombreux, nous convainc que cette formule, encore très minoritaire en France, possède un avenir.
  3. 3  Nous avons entrepris de questionner l’habitat autogéré des personnes âgées tant d’un point de vue théorique, qu’empirique. Comment penser l’habitat autogéré ? Est-on face à un renouveau des expériences d’habitat communautaire des années 70 ? Pourquoi cette formule est-elle déjà ancienne et aujourd’hui répandue en Allemagne ? Y a-t-il des obstacles spécifiquement français au développement de l’habitat autogéré ? Quelles sont les significations politique, économique, et enfin socioculturelle de ce type d’habitat, dans un contexte de vieillissement de la population ? Telles sont les questions qui nous guident dans la première partie et nous conduisent à poser les bases d’une problématique de l’habitat autogéré dans le champ de l’économie solidaire. Nous rendons compte par la suite d’une enquête de terrain concernant deux projets portés par des femmes vieillissantes, l’un situé en Allemagne, l’autre en France. Comment s’élabore et fonctionne pratiquement l’habitat autogéré ? Fonctionne-t-il seulement ? Entre conflit et solidarité, comment le groupe trouve-t-il le chemin du vivre ensemble ?

A propos des auteurs

Anne Labit, Anne.Labit@univ-orleans.fr – Châteauroux labitanne@neuf.fr

CDETE, Université d’Orléans, IUT de l’Indre, 2, avenue François Mitterrand 36000

Karine Chaland, Karine.Chaland@unistra.fr kchaland@wanadoo.fr

Université de Strasbourg LCSE, CNRS/FRE 3229, 22, rue Descartes, 67084 Strasbourg Cedex

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Référence électronique
Anne Labit et Karine Chaland, « L’habitat groupé autogéré en France et en Allemagne : perspectives d’avenir dans le contexte du vieillissement démographique », Espace populations sociétés [En ligne], 2010/1 | 2010, mis en ligne le 01 avril 2012, consulté le 27 août 2012. URL : /index3982.html

Éditeur : Université des Sciences et Technologies de Lille http://eps.revues.org
http://www.revues.org

Document accessible en ligne sur :
/index3982.html
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