Vers où, vers qui marche le pèlerin?

Le texte « Vers où, vers qui marche le pèlerin » est composé à partir d’un enseignement de Jean Yves Leloup : « Sur la voie du pèlerin » donné au Monastère de Saint Michel du Var. Inspiré par les grands prophètes et marcheurs face à l’Eternel ainsi que par le livre « Le pèlerin russe », d’auteur inconnu.

Va pèlerin,
 va vers la vie, vers la vie qui t’est donnée.
La vie que tu as, tu as cru que c’était la vie
mais la vie que tu as n’est qu’une forme de vie
 la vie ce n’est pas toi, c’est l’Être même.
 Va pèlerin, en chemin pour être avec l’Être.

– Le pèlerin qui voyage avec ses pharmacoï, ces médicaments qu’il amène avec lui et qu’il tient dans sa poche près de son cœur, puise à sa source. Les textes sacrés, tels que le Prologue de saint Jean et le Notre Père sont un rappel pour lui,  « souviens-toi de qui tu es frère pèlerin, reviens à la source de ton être, reviens à toi-même, à tes origines ».

Le Prologue de saint Jean rappelle à travers le logos, ou le verbe, l’intelligence créatrice qui fait de l’homme un vivant. L’univers est habité d’une intelligence créatrice et voir celle-ci c’est s’ouvrir au monde subtil, à la lumière dans la matière.
Dans la matière il y a la lumière, il y a l’intelligence créatrice, il y a l’information de la vie.
Dans la matière il y a la vie.
Aimer Dieu c’est aimer la vie. Le « theos » mot grec signifiant dieu – ou état de vision ? représente la vision du Vivant ; voir le Vivant dans la vie. Des non-croyants peuvent aimer la vie, des croyants peuvent ne pas aimer la vie ; à tous Jésus dit : « Je suis venu pour que vous ayez la vie en abondance », il ne s’agit pas de la petite vie que nous avons et que bientôt nous n’aurons plus, mais de la vie qui ‘est’, c’est-à-dire la vie éternelle, celle qui est, la vie qui est déjà en nous.
 « Le logos s’est fait chair » est-il écrit. Et effectivement, en chaque instant, la vie prend forme (corps) en nous. Le sans forme prend forme, notre vie prend forme, la vie prend forme, la conscience prend corps. Les Pères de l’Eglise disent : « Dieu se fait homme pour que l’homme devienne Dieu », aujourd’hui nous pourrions dire que la conscience d’être (de l’Être !!!) prend forme pour que notre corps prenne conscience de la vie.
L’Homme a conscience d’Être. L’homme est la manifestation du vivant.

Le Prologue de saint Jean c’est le rappel de l’Être, de l’essentiel. L’oublier, oublier d’être, c’est être dans le pêché, ou plutôt ne plus être dans son axe, être dans l’oubli de la réalité. L’Homme est dans l’oubli du réel qui le fait être. Le Prologue nous encourage à reprendre conscience que la vie est information, la vie est d’abord une conscience qui nous informe.

Le second médicament est le ‘Notre Père’, la prière du cœur ou la prière du Père qui nous remet dans le Père, dans l’intelligence créatrice.
Angelus Silesius, au XVIIe siècle disait ainsi : « arrêtez de courir, en ce moment le Père engendre en vous Son fils ». Notre Père dans les cieux, à l’origine de toutes choses et de tous êtres, nous engendre comme sujet. Il nous donne un nom, il nous donne vie.

– Le pèlerin a un regard de passant, il est attentif, il est non arrêté.
Lévi-Strauss parle du regard éloigné. Le pèlerin a un regard qui vient de loin, qui va loin et qui ne s’arrête pas, un regard qui voit le visible, et voit aussi l’invisible – fixé sur l’espace. Il est important de voir l’espace, de ne pas s’arrêter ou ne pas fixer la chose. Dans la Genèse il est dit ‘toutes choses naissent de rien’, le pèlerin voit ce qui apparaît et ne s’y arrête pas, il n’idolâtre pas. Il voit apparaître l’Être pour ce qu’il est.
Le pèlerin est libre, non arrêté, alors que la plupart d’entre nous sommes en état d’arrestation… Arrêté par ce que l’on connaît. Nous croyons que ce que nous connaissons est la réalité, alors que ce n’est qu’une réalité, une perception personnelle.
L’imbécile n’est-il pas celui qui croit que ce qu’il connaît est la seule réalité ?
Le pèlerin n’a pas la foi arrêtée par une image, par une croyance, par une idée de Dieu.
Dieu est tellement plus que ce que l’on peut en savoir, que ce que l’on peut en croire. Il y a une façon relative pour parler de l’absolu, ne soyons pas idolâtres, ne soyons pas arrêtés.
L’idole nous empêche de voir, de regarder, les choses telles qu’elles sont.
Le pèlerin n’idolâtre pas.

Grégoire de Nysse : «  Les idées de Dieu font des idoles de Dieu, seul l’étonnement peut en dire quelque chose ». Peu de croyants, beaucoup d’idoles, d’ailleurs les idoles font les idées et s’arrêtent sur l’idée.

Jésus dit,
« Il est avantageux que je m’en aille,
Sinon l’Esprit Saint ne viendra pas en vous,
Et vous ferez de moi une idole »

Le vrai maître ne cherche pas de disciples, il engendre des enfants à Dieu, et quelqu’un qui marche avec – ou à côté – d’un maître marche d’abord pour la vie, et pas pour le maître. La grandeur d’un maître c’est son effacement.
Que le fils de Dieu naisse en chacun.
Ne faisons pas une idole de Dieu, ou de Son fils car c’est sa parole que nous avons à vivre. N’appelez personne maître car il n’y a qu’un maître, un seul et unique, Dieu. Et le rôle du maître extérieur est de nous reconnecter à notre maître intérieur ? Ce lieu en nous qui est en connexion avec l’unique maître, et le rôle de Jésus est de nous ramener vers le Père : « Celui qui croit en moi, ce n’est pas en moi qu’il croit, mais au Père ». Jésus est donc le chemin vers le Père, vers le maître.
Pèlerin, retrouve ta filiation au Père.

« Là où Je suis, vous êtes aussi » et c’est bien là le but de notre pèlerinage.
Pèlerin, quitte ton pays, ton désir, ta parenté et retourne au Père. Marche à la découverte de toi-même, de la vie, de ton intelligence créatrice.
Dieu ne se prouve pas, mais s’éprouve. Il est au-delà de ce qu’on peut éprouver.
Dieu ne se voit pas, mais il nous permet de penser. La conscience n’est pas un objet mais nous permet de prendre conscience. La lumière ne se voit pas, mais elle nous permet de voir. Ne prenons pas pour l’Être une expérience de l’Être. Ne prenons pas pour ‘la vie’ ce qui n’est qu’une forme de vie.

Le Dalaï-Lama rappellera que le Nirvana n’est pas un état de conscience, c’est la conscience. C’est une conscience qui contient tous les états de conscience. Nous pouvons être attaché à un état de conscience et en oublier tous les autres, ce qui veut dire que nous pouvons oublier le ciel, l’espace, etc… et avons donc idolâtré certains états de conscience. Quand nous nous sentons bien, que nous vivons des sensations intérieures paisibles, rappelons-nous que celles-ci ne sont que des expériences mais ne sont pas la conscience.
Ne nous identifions pas à un état de conscience, à une expérience, à une épreuve.

Marche en ma Présence,


Et deviens accompli.

Là où nous allons, 
nous y sommes déjà.
 Ce que nous cherchons, nous le sommes déjà.

La solitude est essentielle, l’infini réel s’y révèle.
Le pèlerin est dans l’alternance de l’assise et de la marche. S’asseoir pour rester dans le silence, dans la solitude, être dans le silence du cœur, dans le non-jugement, la non-projection, et ne pas fuir. Seul, la tête tournée vers le cœur, le mental descendant dans le cœur vers l’intelligence du cœur, le pèlerin rencontre la paix, l’amour naît du calme et de la tranquillité. Pour y arriver le pèlerin s’assoit, fait appel à la tendresse de l’être, à la matrice de l’Être.
Et le pèlerin recommence, il ne répète pas mais il recommence, il revient toujours à la source, au Père – voilà, ceci n’est rien d’autre qu’un exercice.

Ayons notre corps à l’écoute de notre âme
Notre âme à l’écoute de l’esprit
Et l’esprit à l’écoute du Saint Esprit.
Tout notre être appelle l’Esprit Saint à vivre la Vie. Convertissez-vous, l’Esprit Saint est là, il y a quelque chose de plus, de plus infini, que le ou la physique. Mettez votre souffle dans le Souffle. Elevez votre conscience, votre vie pulsionnelle ou mieux encore remettez votre ‘petite’ vie au cœur de la ‘grande’ vie.

Va pèlerin,
 c’est en vivant que tu sens ce qu’est la vie.

Assis ou en marche, de jour comme de nuit, en tout temps en tout lieu tu peux invoquer le Nom. N’aie pas peur de répéter 2 à 3000 invocations, le temps que tu donnes à l’éternité dépend de toi, et donc la quantité d’invocations ou de prières, mais la qualité ne dépend pas de toi. Le temps donné à la prière ou l’invocation t’aidera à t’ouvrir à la grâce du Père, car la grâce est donnée à tous par le Père.
Mille et un battements de paupières tu traverseras pour la recevoir, pour pouvoir t’en réjouir.

Prie comme tu respires, et pour t’y aider garde en main le petit chapelet fait de nœuds en tissu – entre tes mains et le cerveau il y a une connexion qui occupe. Au début la prière te semblera facile ensuite viendra la fatigue, les pensées remontent, une lourdeur et même l’ennui te submergeront. En toi la résistance, l’ego qui craint la contemplation, ennemi du genre humain. Te voilà éprouvé dans ta spontanéité, une traversée de désert s’annonce. Une véritable lutte contre le monde obscur s’est engagée, car celui-ci n’aime pas la prière du cœur.
Satan, fonctionnaire de Dieu est à l’œuvre, il t’empoisonne la vie et te fait connaître tes limites, il t’enlève tes illusions et te fait perdre tes croyances et prétentions.
Satan t’éprouve pour savoir ce que tu as en toi, par cela même il te fait grandir.

Et quand tu auras tout perdu, quand il ne reste plus rien, qu’y a-t-il ? 
’Je Suis’, l’union avec le réel, subtil et invisible.

Heureusement qu’il y a les épreuves, les traversées, les passages car ils te mènent vers la conscience, et te font perdre tes illusions. Trop souvent l’état de ‘bonne conscience’ t’a coupé de la conscience, tout comme dans une pratique de la spiritualité l’individu ne s’approche pas de l’humus, de l’humilité, car l’ego vit en lui.
On pourrait parler d’inflation ou de narcissisme spirituel à l’instar de la grenouille qui se voulait aussi grosse que le bœuf dans la fable éponyme.

Va pèlerin, va vers toi
en marche, libère-toi, la légèreté te mène vers l’Amour, vers l’Agapé, vers ton corps de résurrection.
L’amour du Seigneur, l’amour que tu donnes aux autres est porteur d’éternité, d’espérance et de joie, rappelle-toi que la seule chose qui ne te sera pas enlevée, c’est ce que tu auras donné. Ton corps de résurrection est tissé des dons que tu auras fait, alors que ton corps mortel reste chargé de bagages qui ne sont que tes illusions, illusions sur la vie, illusions sur toi-même. Une fois ces illusions perdues il te reste l’essentiel, ‘Je Suis’, le fils de Dieu en toi.
Et un jour ou l’autre, tout te sera enlevé, tout sauf l’essentiel. De tes cendres renaît l’amour divin à travers ton corps d’éternité qui accompagne tes proches, ceux à qui tu t’es dévoilé, ceux à qui tu as fait don de ton être.

Si quelqu’un veut marcher avec Moi, qu’il se dessaisisse de lui-même, de ses pensées ordinaires, qu’il ne soit pas enfermé dans son psychisme. N’est-il pas dit que celui qui veut s’approprier sa vie la perdra, que celui qui s’accroche à sa psyché s’y perdra.

La souffrance n’est-elle pas celle qui te grandit, celle qui te permet de te transformer en te dépassant dans la conscience de l’acceptation. La souffrance est l’épreuve ultime, celle dans laquelle tu te sens abandonné. Jésus dans son humanité, proche de celui que tu es, connut la douleur et l’appel : « Père pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Parfois il te faut descendre dans la douleur, la folie ou l’absurdité et te sentir abandonné, pour pouvoir ressentir ou voir la présence divine. Dire oui à l’abandon, ressentir qu’au cœur de la souffrance tu ne souffres plus, et là dans ce cœur se vit la transformation, le passage, la résurrection – le ‘Fiat’, j’accepte. Seigneur, que ta volonté soit faite.
Ne cherche pas la compréhension au pourquoi de la disparition de la douleur, le sens va au-delà de la compréhension, la rencontre dans une résurrection est au-delà de la compréhension.
Sois aussi fou que celui qui avait tout perdu sauf la raison, selon la parole de Chesterton. Peut-être suis-je fou mais au moins cela donne un sens à ce qui m’arrive.

Plus tu cherches le bonheur plus il te fuit, plus tu fuis la solitude plus elle te rattrape. Dis oui à la solitude et sens-toi relié à tous, à tous ceux qui vivent la solitude. D’ailleurs, l’on n’est jamais moins seul, que lorsqu’on est seul. Comme les rayons d’une roue, alors que chaque rayon est solitaire, tous sont reliés au centre, au cœur de la roue, et tous ensemble avancent.

‘Celui qui veut marcher avec Moi, qu’il prenne sa croix’
Au-delà du dolorisme il y a l’image du ‘stabat mater’. Prendre sa croix c’est se redresser, être debout au cœur de l’épreuve, être dans son axe dans l’union de l’horizontal et du vertical. C’est aussi l’ouverture vers l’inconscient, vers le principe de la quaternité, orientant l’homme dans les 4 directions, vers les 4 éléments. L’Homme est capable de sensation, de sentiment, de raison et d’ouverture intuitive. Pour les Anciens, la croix équivaut au grand livre de l’art d’aimer, ouvert vers Dieu et ouvert vers le prochain. Entre ciel et terre, lumière et ténèbres, au centre de la croix nous sommes au cœur de notre action. Dans l’amour de la résurrection, du dépassement de soi.
Relève-toi pèlerin, il y a quelque chose à faire de ta mort, de tes ‘petites’ morts vécues durant la vie. Jésus nous l’apprend : « La vie, on ne me la prend pas, c’est moi qui la donne ». Puis-je faire de ma mort, de mes petites morts, une occasion d’éveil ?
Mes souffrances peuvent-elles être une aide, un exemple pour d’autres ?

Va pèlerin,
à chacun son chant,
sa façon de se remémorer
de revenir à son cœur,
à l’instant favorable,
tourne ton esprit vers le Souffle,
et ton cœur vers le cœur de l’Être,
en marche,
et ne te laisse pas enfermer.

Jacques 2009

http://www.siteuniverseldespelerins.org/fr/site-universel-des-pelerins/le-pelerin-la-pelerine/

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