Une définition du jeûne

Le jeûne est la privation, volontaire ou non, de nourriture, accompagnée ou pas d’une consommation d’eau (l’absence d’apport hydrique convenable n’est pas envisagé ici). Le jeûne met en marche des mécanismes d’adaptations physiologiques qui sont l’héritage du lent processus de l’évolution. D’un point de vue médical, la période de jeûne commence à partir de la sixième heure après le dernier repas1. Le jeûne fait partie intégrante de la pratique de nombreuses religions (carême, ramadan). Il est le quotidien d’une grande partie de la population des pays en voie de développement.

Les phases du jeûne total

Le « jeûne immédiat »

Il se produit dès l’absence de prise alimentaire dans les douze heures suivant le dernier repas, il se produit habituellement entre le dernier repas du soir et le petit-déjeuner. La sécrétion d’insuline diminue, tandis que celle de glucagon augmente. Ce jeu hormonal entraîne une stimulation de la lipolyse et de l’oxydation des acides gras, puis une cétogenèse. Afin de maintenir la glycémie, la glycogénolyse est stimulée, de manière exclusive.

Les trois phases du jeûne

Le jeûne est classiquement divisé en trois phases successives. Les phases I et II correspondent à la mise en place des mécanismes d’épargne protéique en rapport avec l’augmentation progressive et soutenue de l’utilisation des acides gras et des corps cétoniques comme substrats énergétiques.

  • La première phase est la « phase de jeûne court » correspondant à une absence de prise alimentaire d’une durée allant de douze heures à trois ou quatre jours. L’épuisement des réserves de glycogène entraîne une baisse de la glycémie indispensable au cerveau. La seule source de glucose de l’organisme devient la néoglucogenèses, qui fabrique du glucose à partir des acides aminés des protéines néoglucogenèses musculaires. Il est toutefois clair que cette situation ne peut perdurer, la fonte protéique étant trop rapide et incompatible avec une survie prolongée. Une adaptation visant cette fois-ci à économiser des protéines, et non plus seulement à fournir du glucose, va donc devoir entrer en jeu au cours du jeûne prolongé. Bien sûr la transition est progressive, et on assiste ainsi à une diminution régulière de la concentration du glucose, de son renouvellement ainsi que de la concentration plasmatique des acides aminés gluconéogéniques (acides aminés capables de fournir du glucose)12.
  • La seconde phase est le « jeûne prolongé ». Cette phase commence vers le 5e ou 7e jour de jeûne et peut durer plusieurs semaines. Cette phase se caractérise par une perte protéique beaucoup moins marquée (de l’ordre de 4 g d’azote/jour vers la 2e semaine) et stable. La principale modification est l’élévation importante de la concentration plasmatique des corps cétoniques. Du fait de cette élévation, le cerveau oxyde beaucoup moins de glucose, ce qui ne rend plus indispensable le maintien d’une intense gluconéogenèse hépatique et rénale à partir des acides aminés musculaires. Ceci entraîne une diminution de la protéolyse (en particulier la production de glutamine et d’alanine), et permet l’épargne protéique. La réduction de la protéolyse musculaire et stabilité de la protéosynthèse permet un maintien (ou une décroissance plus lente) de la masse protéique musculaire. Cette épargne protéique relative permet donc une survie prolongée. Son mécanisme reste cependant mystérieux13.
  • La phase III ou terminale (ou la limite de l’adaptation au jeûne) : Cette phase terminale n’a été étudiée que chez l’animal et tout particulièrement chez le manchot empereur, notamment par Yvon Le Maho. Le passage à cette dernière phase du jeûne est marqué par un net contraste : les taux plasmatiques d’acides gras et de corps cétoniques s’effondrent, tandis que la glycémie s’élève, et le catabolisme protéique augmente de façon importante pour la néoglucogenèse. Le passage à cette troisième phase de jeûne avec augmentation de la mobilisation des protéines survient alors qu’il reste environ 20 % des réserves lipidiques, contredisant largement l’idée d’une phase irréversible. Néanmoins si cette troisième phase n’est pas irréversible, elle n’en est pas moins limitée à brève échéance.

C’est la consommation des protéines durant cette phase qui est responsable d’une forte morbidité et mortalité. Le cas particulier des animaux obèses a été étudié, et amène à des constations très surprenantes : ces animaux obèses n’entrent pas en phase terminale, ils gardent en permanence un comportement d’épargne protéique. « Du fait de leurs réserves lipidiques considérables, ils jeûnent beaucoup plus longtemps mais arrivent in fine à une déplétion protéique beaucoup plus marquée que chez les animaux maigres. À la fin du jeûne (décès), les animaux maigres ont perdu 98 % de leurs réserves lipidiques et 29 % de leurs protéines totales, tandis que les animaux obèses n’ont perdu « que » 82 % de leur réserve lipidique et 57 % de leurs protéines corporelles. Si les réserves lipidiques représentent le facteur limitant de la durée du jeûne chez le sujet mince, ce sont les réserves protéiques qui représentent le réel facteur limitant de la durée du jeûne chez l’obèse, l’observation des réserves lipidiques pouvant être particulièrement trompeuse ».

Limites et dangerosité

Un adulte de 1,70 m, pesant 70 kg, possède environ 15 kg de réserve de graisse, de quoi tenir, s’il est en bonne santé, une quarantaine de jours de jeûne. Mais au-delà, la poursuite du jeûne consomme les protéines du corps. L’organisme catabolyse certains acides aminés qui peuvent être convertis en glucose au cours de la néoglucogenèse pour approvisionner le cerveau. Or les protéines sont stockées dans les muscles (dont le cœur).

Un suivi médical est vital à partir de la 4e semaine, suivant l’état de santé, les conditions du jeûne et la nature des réserves au départ.

Comme en témoigne l’histoire de 9 détenus de la prison de Cork (Irlande) en 1920, dont le jeûne a duré 94 jours, l’organisme humain, jeune et en bonne santé, peut arriver à supporter un jeûne total (mais n’excluant pas la prise de liquides), non sans séquelles, pendant une période pouvant aller jusqu’à trois mois. Bobby Sandsest mort à Belfast le 5 mai 1981 après avoir engagé une grève de la faim d’une durée de 66 jours. Exprimée en terme d’index de masse corporelle (IMC), une valeur inférieure à 12-13 kg.m−2 est en principe synonyme de décès, bien que des récupérations aient été décrites chez des patients adultes jeunes dénutris présentant des index de masse corporelle de l’ordre de 8-9 kg.m−2. Un jeûne prolongé au-delà d’une certaine durée provoque immanquablement la mort. Cette durée varie selon les individus, et peut atteindre plus de 85 jours.

« Dans les limites définies (jeûne inférieur à trois semaines chez une personne de corpulence moyenne) le jeûne ne présente pas de danger. »

Jeûne thérapeutique

Le jeûne thérapeutique est une pratique popularisée par le médecin Otto Buchinger au début du xxe siècle en Europe de l’Ouest.

Des chercheurs en Union soviétique ont étudié les mécanismes du jeûne pendant plus de quarante ans, ont expérimenté le jeûne thérapeutique sur des dizaines de milliers de patients, dans le cadre d’une politique nationale de santé publique, surtout développée en Sibérie. Tout cela est minutieusement décrit dans de nombreuses études, qui n’ont jamais été traduites et sont donc restées inconnues en Occident.

Valter Longo confronte le jeûne au cancer (chez la souris de laboratoire et des cellules isolées en culture) avec des résultats surprenants, et potentiellement révolutionnaires. Il déclare « J’ai récemment fait une présentation devant l’une des plus importantes compagnie pharmaceutique au monde, et j’ai mis au défi les dirigeants de l’entreprise de mettre au point un cocktail de médicaments, pas un simple médicament mais un cocktail de médicaments, dont les effets seraient plus puissants que celui du jeûne ».
Les recherches en Occident se poursuivent, la restriction calorique ou le jeûne n’ayant à l’heure actuelle pas d’indication médicale reconnue, surtout pas pour les personnes âgées.

Jeûne religieux et philosophique

Le jeûne pour raisons médicales ou spirituelles est connu depuis l’Antiquité. Il en est fait mention dans le Mahâbhârata et les Upaniṣad (Inde). Il s’est particulièrement développé au Moyen-Orient et Asie du Sud-Est, avec l’islam, et en Occident avec la diffusion du christianisme.

(extrait de Wikipédia)
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