Impermanence

L’impermanence

Après la mort de sa mère, Shabkar, l’extraordinaire yogi tibétain du XIX è siècle, comprend pleinement l’impermanence de toutes choses et l’importance de la pratique du dharma :

Au moment où ils déposèrent les os de ma mère dans mes mains, je songeai : « A ho! Les choses de ce monde ne sont vraiment rien. Au fil des ans, ma vieille mère, préoccupée par la pensée de son fils unique et par l’affection qu’elle lui portait, a amèrement pleuré ; elle m’a envoyé des lettres et des messages me suppliant de revenir. Mais en dépit de ses pressantes requêtes je n’ai pas voulu interrompre mon ascèse. Je pensais que ma mère était encore jeune et que je la reverrais au bout de quelques années.

Ainsi, croyant obstinément en la permanence des choses, j’ai toujours repoussé mon retour. Je l’ai sciemment trompé en lui écrivant sans cesse : « L’an prochain… Je viendrai te voir… L’an prochain. » Et, en fin de compte, elle est morte sans que je ne l’ai jamais revue.

« Pourtant, moi son fils ingrat, guidé par la pensée de ma mère, je venais juste de prendre la route pour aller la retrouver, le baluchon sur le dos, la canne à la main. Je n’avais aucun cadeau de valeur à lui offrir, mais je revenais avec des paroles de réconfort que j’avais préparées en moi même, des mots qui lui auraient apporté la paix de l’esprit.

« Mes mérites n’étaient pas suffisants. Ma mère, elle, était déjà sur l’infâme chemin bien connu qui a pour nom la Mort. Elle n’est plus sur cette terre où elle pouvait m’entendre quand je lui parlais et où je pouvais la contempler à loisir. Elle s’en est allée vers la distante contrée de la prochaine vie.

« Même si par le mérite de la pratique assidue du Dharma, nous nous retrouvons dans nos vies ultérieures, nous n’aurons pas eu l’opportunité de nous rencontrer une dernière fois sur cette terre et de prononcer les paroles affectueuses qui auraient réchauffé nos coeurs. » […]

« Point n’est besoin de méditer davantage l’impermanence et la mort : ma mère m’a donné cet enseignements en disparaissant. Et maintenant, si je ne pratique pas le Dharma, qu’est-ce qui me reste ? »

Shabkar, Shabkar, extrait de Autobiographie d’un yogi tibétain