Zen, Maître Thich Nhat Hanh

Thich Nhat Hanh, Maître Zen
Village des Pruniers, Franceest né au Vietnam en 1926. Il a quitté ses parents adolescent pour devenir un moine zen. Au Vietnam, il a fondé L’école de jeunesse pour le service social,
L’Université bouddhique de Van Hanh et l’Ordre de Tiep Hien (Ordre de l’Inter-être). Il a enseigné à l’université de Columbia (NY) et à la Sorbonne(Paris).
Il a présidé la délégation bouddhiste vietnamienne pour la paix lors des pourparlers ayant conduit aux accords de Paris en 1973. M. Luther King le proposa comme prix Nobel de la paix.
Depuis 1966, il vit en exil en France ou il continue à d’écrire, d’enseigner, de jardiner et d’aider les réfugiés du monde entier. Il est l’auteur de 75 ouvrages en anglais, français
et vietnamien, dont Le miracle de la pleine conscience

Les textes suivants viennent du livre: La sérénité de l’instant

Inter-être

Si vous êtes un poète, vous verrez clairement le nuage flotter dans cette feuille de papier. Sans nuage, pas de pluie. Sans pluie,
Les arbres ne peuvent pas pousser. Et sans arbres, on ne peut pas faire de papier. Le nuage est essentiel à l’existence du papier.
Si le nuage n’est pas là, la feuille non plus. Donc on peut dire que nuage et feuille de papier « inter-sont ».
Inter-être n’est pas encore dans le dictionnaire, mais si on combine le préfixe « inter » et le verbe « être », on a un nouveau verbe; inter-être.

Si l’on regarde encore plus en profondeur cette feuille de papier on peut y voir le soleil. Sans soleil la forêt ne grandit pas.
En fait, rien ne grandit sans soleil. Du coup on sait que le soleil est dans cette feuille de papier. Le soleil est le papier inter-sont.
Et si l’on continue à regarder, on peut voir le bûcheron qui a coupé l’arbre et l’a mené à la fabrique pour le transformer en papier.
Et l’ont voit alors le blé. Nous savons que le bûcheron ne peut exister sans son pain quotidien- et du coup, le blé qui est devenu son pain
est aussi dans la feuille de papier. Le père et la mère du bûcheron y sont aussi. Quand l’on regarde de cette façon,
nous voyons bien que sans toutes ces choses, la feuille de papier ne peut pas exister.

En regardant encore plus profondément, nous pouvons nous y voir nous aussi, dans cette feuille de papier.
Ce n’est pas difficile à voir puisque la feuille regardée fait partie de notre perception.
Votre esprit est là – et le mien aussi. On peut donc dire que tout est dans cette feuille de papier.
Il est impossible d’y nommer une chose qui n’y soit pas – le temps, l’espace, la terre, la pluie, les minéraux, du sous-sol, le soleil, le nuage, la rivière, la chaleur. Tout coexiste dans cette feuille de papier. C’est pourquoi je pense que le mot inter-être, devrait être dans le dictionnaire : »être » c’est inter-être. On n’est jamais tout seul. Nous devons inter-être avec tout ce qui existe.
Cette feuille de papier est, car tout le reste est.

Supposez que nous voulions faire revenir un de ces éléments à sa source, les rayons du soleil au soleil par exemple. Pensez-vous que cette feuille de papier pourra continuer d’exister ?
NON : car sans la lumière du soleil, rien ne peut être. Et si nous supprimions le bucheron, le faisant revenir au temps précédant sa conception, alors nous n’aurions pas non plus de feuille de papier.
Le fait est que cette feuille de papier est uniquement faite d’éléments « non-papier ».
Et si nous faisions revenir ces éléments à leur source, alors il n’y aurait plus de papier du tout.
Sans éléments « non-papier », comme l’esprit, le bucheron, la lumière du soleil, etc.… il n’y aura pas de papier. Aussi fine que soit cette feuille de papier, elle contient tout l’univers en elle.

Ne dis pas que je partirai demain
Car je nais aujourd’hui encore.
Regarde profondément: je nais à chaque seconde.
Je suis un bourgeon sur une branche au printemps.
Je suis un petit oiseau aux ailes encore fragiles
Qui apprend à chanter dans son nouveau nid.
Je suis une chenille au cœur d’une fleur.
Je suis un joyau caché dans la roche.

Je ne cesse de naître, pour rire et pour pleurer,
Pour craindre et espérer.
Le rythme de mon cœur, c’est la naissance
Et la mort de tous les êtres en vie.
Je suis l’éphémère se métamorphosant à la surface de la rivière
Et je suis l’oiseau qui, quand le printemps arrive,
Naît juste à temps pour manger l’éphémère.
Je suis la grenouille qui nage heureuse dans l’étang clair
Et je suis l’orvet qui, approchant en silence, se nourrit de la grenouille.

Je suis l’enfant d’Ouganda, je n’ai que la peau et les os,
Mes jambes aussi minces qu’un bambou fragile
Et je suis le marchand d’armes qui vend des armes mortelles en Ouganda.

Je suis la jeune fille de 12 ans, réfugiée sur un esquif
Qui se jette dans l’océan après avoir été violée par un pirate
Et je suis le pirate, mon cœur encore aveugle, incapable de voir et d’aimer.
Je suis un membre du Politburo, avant tant de pouvoir entre les mains
Et je suis l’homme qui doit payer sa « dette de sang » à mon peuple,
Agonisant lentement dans un camp de travail.

Ma joie est comme le printemps, si chaude qu’elle fait fleurir les fleurs sur tous les chemins de la vie.
Ma souffrance est comme une rivière de larmes, si pleine qu’elle remplit les quatre océans.
S’il vous plaît, appelez-moi par mes vrais noms
Quand j’entende ensemble mes cris et mes rires,
Que je voie ma joie mais aussi mes peines.
S’il vous plaît, appelez-moi par mes vrais noms
Pour que je puisse me réveiller
Et pour que reste ouverte la porte de mon cœur,
La porte de la compassion